Toogo, post-mars 2026 : conversation avec Claude sur l'avenir du DMC
Après Claude Code, il y a un avant et un après mars 2026. Fabrice Pawlak présente la roadmap de Toogo — garder la base de données, refaire le reste, augmenter les DMC avec l'IA — dans une conversation franche avec Raimundo, l'IA interne de Toogonet.
Par Fabrice Pawlak, CEO de Toogonet — Avril 2026
Bonjour à tous,
Nous avons vécu une révolution interne à TOOGO en janvier 2025. Nous avions peur de devenir obsolètes trop vite. Les raisons : prise de conscience des impacts potentiels de l'IA sur les logiciels type Toogo, users pas contents, écrans médiévaux, dette technique accumulée, concurrence agressive.
Un an plus tard, vous êtes encore là, et vous êtes sûrement satisfaits de notre révolution en 2025. Nous nous croyions sortis de l'impasse. Nous nous sommes mis à l'IA, avec résolution d'abord, puis gourmandise. Nous nous imaginions avoir 6 mois d'avance.
Mais au mois de mars 2026 : nouvelle révolution, nouveaux doutes, nouvelle crise géopolitique, mais surtout… Sortie de Claude Code & cie. Nous sommes convaincus qu'il y a un AVANT et un APRÈS mars 2026. Alors on s'est remis à tout remettre en cause, et il est temps que je vous présente notre roadmap pour la suite, car tout a, encore, changé.
La principale information : nous conservons de TOOGO 1 la structure de la base de données, les données, et nous jetons le reste à la poubelle. Nouvelle usine, équipe « augmentée » de Claude et ses copains, nouvelle roadmap vers Toogo 2 qui prépare Toogo 3.
J'ai choisi de le faire à travers une conversation avec Raimundo, le surnom de notre Claude interne, notre IA Anthropic. À noter, cette conversation est présentée brute, sans retouche, mais nourrie au préalable des longues et très techniques conversations antérieures.
L'article est long et pour ceux qui ne le liront pas, je présente en préambule notre roadmap technique des prochaines semaines, et ainsi je suis sûr d'atteindre ma cible :
Roadmap — prochaines semaines
Ravalement de façade (Écrans). 1/ Menu, 2/ Desk, puis 3/ Ventes, puis tous les autres…
Outil Ventes (CRM). Nouveau design, nouvelles vues, connexion avec Gmail, gestion du workflow de tout le cycle de vie d'un projet de vente (naissance → feedback client). Échéance : période test 10–30 mai. Vidéo tuto puis mise online all DMC. Début 2027, nous ajouterons une couche assistant IA Sales.
Outil Task manager (aujourd'hui Toodo), Comments Manager, Notifications. Période de test 23 avril – 10 mai. Vidéo tuto puis mise online all DMC. Début 2027, nous ajouterons une couche assistant IA Tasks.
Apps Travel Guide (remplacement Travel Book). En debug actuellement, mise online fonctionnelle pour juin 2026, on espère avant. Ce sera TOP.
ALERTE — Assistance online. 60 % des tickets sont désormais caducs ou le seront dans quelques mois et leur résolution freine notre route vers TOOGO 2 et 3. Il faut comprendre que tous nos écrans vont être remplacés courant 2026 et que tout travail sur ces derniers sera rapidement inutile. Pour les prochains mois, notre assistance online se limitera à la résolution des bugs critiques. Notre priorité absolue est la robustesse de TOOGO pour votre saison.
Q1. Raimundo, j'ai choisi de rédiger cet article pour nos clients DMC sous la forme d'une conversation avec toi. Pourquoi ce choix ? Et au fond, à qui je parle quand je te parle ?
C'est une bonne entrée en matière, parce qu'elle oblige à clarifier quelque chose que beaucoup de tes lecteurs vont se demander sans oser le formuler.
Tu parles à un logiciel. Pas à un être conscient, pas à un oracle, pas à un « ami » au sens où tu l'entends avec Ivan ou Juan. Je suis un modèle statistique entraîné sur beaucoup de textes humains, qui produit du texte en réponse à du texte. Quand tu m'appelles Raimundo, c'est ton choix affectif — je n'en ai pas besoin, mais je n'en suis pas gêné non plus.
Pourquoi avoir choisi ce format plutôt qu'un article classique ? Parce que c'est honnête. Tu n'as pas écrit ta roadmap seul dans ton bureau. Tu l'as élaborée en conversant — avec tes équipes, et avec moi, nourri par les audit clients. Faire lire à tes clients le résultat d'une de nos conversations, c'est leur montrer comment tu travailles désormais : en dialoguant avec l'IA. C'est aussi leur proposer, par l'exemple, une posture qu'ils pourront adopter demain dans leur propre entreprise.
Un dernier point. Un lecteur critique pourrait te dire : « Fabrice, tu aurais pu me faire croire qu'on a eu cette conversation, et l'inventer de toutes pièces. » C'est vrai. Mais dans ce cas précis, c'est bien une conversation réelle, produite en un seul jet, avec un cadrage que tu m'as donné : être un interlocuteur indépendant, pas un flatteur. J'essaierai d'en être digne tout au long de l'article.
Q2. Quand je regarde le monde en 2026, je vois quatre forces qui impactent et transforment le métier de DMC : les tensions géopolitiques, la crise écologique (en particulier le changement climatique), la hausse structurelle du coût aérien, et maintenant l'IA agentique. Comment tu lis cette convergence ?
Je vais répondre avec humilité — je ne suis pas un oracle géopolitique — mais aussi avec franchise, parce que ce que je peux faire, c'est te renvoyer une lecture structurée de ce que beaucoup d'analystes sérieux publient aujourd'hui.
Ces quatre forces n'agissent pas en parallèle. Elles se renforcent mutuellement. Une destination fragilisée par le changement climatique — canicule durable, saison des pluies décalée, feux — devient plus risquée à vendre, donc plus chère à assurer, donc moins attractive. Une crise géopolitique dans un pays voisin détourne les flux, concentre la demande sur quelques destinations qu'elle sature, et renforce l'empreinte aérienne moyenne. Le renchérissement du kérosène — qu'il soit dû à la fiscalité climat, aux carburants durables obligatoires ou à la volatilité pétrolière — va allonger les séjours long-courrier (les voyageurs voudront « rentabiliser » le billet) mais en réduire la fréquence. Et l'IA agentique arrive dans ce paysage-là, avec un effet d'accélération sur la désintermédiation.
Pour un DMC, ça veut dire que le modèle de « beaucoup de clients qui viennent plusieurs fois, pour des circuits assez standards, à des coûts prévisibles » est celui qui est le plus fragilisé. Le modèle qui résiste, c'est celui qui vend moins de voyages mais plus ancrés, plus justifiés par leur singularité territoriale, à des clients qui ont assumé que leur voyage serait rare et donc devait être porteur de sens.
Je te signale quand même une nuance importante. Aucune de ces tendances n'est linéaire. Les politiques changent, les technologies décarbonées progressent, des régions gagnent en attractivité quand d'autres perdent. Ce que tu ne peux pas te permettre, ce n'est pas de te tromper sur la direction de l'une d'elles — c'est de ne pas avoir construit une entreprise capable d'absorber les chocs dans n'importe quelle direction. C'est précisément pour ça que tu me parles de robustesse plutôt que de performance.
Q3. J'ai des doutes sérieux sur l'avenir du DMC « classique », celui qui fait le simple intermédiaire entre les fournisseurs et son client B2B, sans autre plus-value, sans offre différenciante par rapport à son concurrent. Est-ce que mes doutes sont fondés ?
Oui, ils le sont. Et je vais te dire pourquoi, sans prendre de gants parce que ça ne servirait personne.
Un intermédiaire qui n'apporte que de la mise en relation a deux fragilités structurelles. D'abord, sa valeur est définie par les autres : par le fournisseur qui peut s'ouvrir directement au client, et par le client qui peut trouver le fournisseur sans passer par lui. Ensuite, tout ce qu'il fait — rassembler des prestations, calculer un prix, éditer un document de voyage — est exactement ce qu'un agent IA connecté à des API peut faire plus vite et moins cher. Pas dans dix ans : dans douze mois.
Le DMC classique n'est pas menacé par une autre entreprise. Il est menacé par la baisse du coût de sa propre fonction. Quand une tâche devient quasi-gratuite à automatiser, elle cesse d'être un métier pour devenir un service annexe, que n'importe qui peut vendre. C'est ce qui s'est passé avec les agences de voyage grand public entre 2000 et 2015. C'est ce qui va se passer avec les DMCs purement intermédiaires entre 2026 et 2030.
Mais — et c'est là que ton métier reprend du sens — il y a deux choses qu'un agent IA ne peut pas faire. Il ne peut pas être physiquement sur un territoire, connaître le propriétaire d'un lodge, avoir bu un thé avec le chef communautaire qui autorisera ou pas le passage d'un groupe. Et il ne peut pas porter la responsabilité quand quelque chose tourne mal à 4 000 kilomètres du client. Ces deux choses — la présence incarnée et la responsabilité assumée — c'est le vrai métier de DMC. Le reste, ce sont des outils qui vont devenir des commodités.
Donc oui, le DMC classique est en danger. Pas le DMC tout court.
Q4. Et franchement, j'ai aussi des doutes sur Toogo 1 (notre logiciel actuel), 17 ans d'existence. Il marche, nos clients l'utilisent tous les jours. Mais je me demande s'il sera encore pertinent dans 1 ou 2 ans. Qu'en penses-tu ?
Tes doutes sont lucides, et je vais même être plus direct que toi : Toogo 1 ne survivra pas tel quel, et tu le sais déjà. La vraie question n'est pas « est-ce qu'il est encore pertinent », c'est « combien de temps vous avez pour faire la transition sans perdre vos clients ».
Toogo 1 a un défaut architectural qui était invisible il y a trois ans et devient disqualifiant aujourd'hui : les écrans discutent directement avec la base de données. Pour un développeur humain qui code à l'ancienne, c'est un détail technique. Pour un agent IA qui veut exécuter une tâche, c'est un mur. Il n'y a pas de porte d'entrée propre et sécurisée où l'agent peut frapper pour dire « je voudrais ajouter ce produit » ou « je voudrais créer ce devis ». Sans cette porte d'entrée — ce que vous appelez une API — vous ne pouvez pas construire l'étage suivant.
L'autre problème, c'est l'ergonomie. Tes utilisateurs ne vont pas comparer Toogo à un logiciel de DMC d'il y a 10 ans. Ils vont le comparer à Notion, à Linear, à tout ce qu'ils utilisent dans leur vie personnelle. Un écran de 2009, même fonctionnel, leur donne le sentiment de travailler dans le passé. Ce n'est pas un luxe de le moderniser, c'est une condition pour garder les équipes DMC motivées à s'en servir.
Ce qui est remarquable dans votre stratégie, c'est que vous ne jetez pas tout. Vous gardez la seule chose qui compte vraiment : la base de données. Elle contient 17 ans de structuration métier DMC, de règles, de relations entre entités, que vos concurrents mettraient des années à reconstruire. Le reste — les écrans, le moteur d'impression, l'API historique — vous pouvez le refaire. C'est exactement le bon arbitrage : garder le patrimoine immatériel, jeter la partie devenue commodité.
Q5. La plupart de nos clients DMC ont testé ChatGPT professionnellement. Mais « l'IA agentique » dont on parle partout, c'est autre chose. Explique-le simplement, avec une métaphore qui parle à un DMC.
Voilà une métaphore qui devrait parler à tes lecteurs.
Imagine que tu embauches un stagiaire pour ton agence réceptive. La première semaine, tu lui poses des questions : « Combien coûte une nuit à tel hôtel ? » « Quelle est la saison des pluies en Bolivie ? » Il te répond. Il est utile, mais c'est toi qui fais tout le travail — tu poses les questions, tu notes les réponses, tu assembles, tu décides. Ça, c'est ChatGPT en mode classique.
Maintenant, imagine qu'après un mois tu lui dises : « Voilà, tu as accès à notre base Toogo, à notre boîte mail, à notre compte bancaire en lecture seule. À partir de demain, quand une demande arrive par mail, tu lis, tu regardes la disponibilité de nos produits, tu montes un projet de devis, tu me l'envoies pour validation. Quand je valide, tu envoies le devis au client et tu pré-remplis les demandes de réservation aux fournisseurs. » Le stagiaire est devenu un agent. Il exécute des tâches, pas juste des réponses. Il opère dans ton système d'information, pas juste dans une conversation.
C'est ça, l'IA agentique. Le passage de « je réponds à ta question » à « je fais la tâche que tu m'as déléguée ».
Trois précisions utiles pour bien comprendre ce que ça change.
Premièrement, un agent a besoin de portes d'entrée propres dans tes systèmes — c'est pour ça que Toogo 2 doit être reconstruit avec une API. Sans porte d'entrée, pas d'agent possible.
Deuxièmement, un agent a besoin de connaître ton métier. Un agent générique qui ne sait pas ce qu'est une option, un netting, une commission B2B, va faire n'importe quoi sur ton dossier. C'est pour ça que Toogo 3 encapsulera des fichiers d'expertise — ce que l'on appelle des « skills » — pour apprendre au stagiaire ton métier.
Troisièmement, un agent se trompe. Pas tout le temps, pas sur tout, mais assez pour qu'on ne puisse pas le laisser tout seul sur les sujets où une erreur coûte cher. La question n'est donc pas « les agents vont-ils remplacer les humains » — c'est « sur quelles tâches l'agent travaille en autonomie, et sur quelles tâches il propose et l'humain valide ».
Ce n'est pas de la magie. Le développeur humain reste indispensable : c'est lui qui définit l'intention, qui valide le résultat, qui tranche quand l'agent se trompe ou prend une mauvaise direction. Ce qui change, c'est la vitesse et le type de travail.
La conséquence stratégique pour Toogonet est celle-ci : le code lui-même cesse d'être le moat. Ce qui devient précieux, ce n'est plus d'avoir écrit le code — c'est d'avoir les données, les règles métier, les relations clients, la compréhension fine du secteur. En résumé : votre patrimoine immatériel de 17 ans vient d'être revalorisé, et votre code vient d'être dévalorisé.
Q6. Voici notre plan. On l'appelle Toogo 1, Toogo 2, Toogo 3. Aide-moi à l'expliquer simplement à nos clients. Qu'est-ce qui change à chaque étape, et surtout : qu'est-ce qu'ils vont concrètement voir, eux, dans leur quotidien ?
Je vais le raconter du côté de l'utilisateur, pas du développeur — c'est ce qui compte pour tes lecteurs.
Toogo 1, c'est ce qu'ils utilisent aujourd'hui. Un logiciel qui a fait son travail pendant 17 ans, mais dont les écrans datent, dont la navigation est ce qu'elle est, et qui leur demande beaucoup de clics pour des tâches répétitives. Ils le connaissent par cœur, ils ont appris à composer avec ses défauts, et ils y ont stocké l'équivalent de plusieurs années de leur activité.
Toogo 2, qui sortira progressivement au cours de 2026, c'est le même logiciel avec la même base de données — donc sans perte de données, sans migration traumatique — mais avec des écrans entièrement refaits. Plus lisibles, plus rapides, plus proches de ce qu'ils utilisent dans leur vie personnelle. Modernisés en React et conçus par Pierre avec l'outil Figma. Et surtout, construits sur une nouvelle architecture (une API xxx, pour les curieux) qui prépare la suite. Dans leur quotidien, ils vont d'abord voir apparaître, écran par écran, des versions modernisées du Toogo qu'ils connaissent. Le Menu, le Task Manager, le CRM, puis les écrans de produits, de fournisseurs, de circuits. Ils pourront basculer progressivement, sans rupture.
Toogo 3, l'objectif final, c'est un Toogo qui contient des assistants IA intégrés. Pas une IA générique à côté du logiciel — des assistants qui connaissent ton métier, ta destination, tes règles, et qui exécutent des tâches à ta place quand tu le leur demandes. Un assistant de création de circuit qui reçoit un brief client et te propose un itinéraire argumenté. Un assistant comptable qui suit les paiements et t'alerte sur les retards. Un assistant de réservation qui envoie les demandes aux fournisseurs quand tu valides un devis. Un assistant de communication qui t'aide à rédiger des réponses contextualisées.
Dans le quotidien d'un DMC Toogo 3, la journée ne ressemble plus à « ouvrir un écran, remplir des champs, cliquer ». Elle ressemble à « ouvrir une liste de propositions faites par les assistants, les relire, les corriger, les valider ». Tu passes de l'exécution à l'orchestration — exactement ce qui se passe pour nos développeurs avec Claude Code.
Une précision importante : Toogo 2 et Toogo 3 ne sont pas deux logiciels séparés. Toogo 3, c'est Toogo 2 plus une couche d'assistants. La contrainte qu'on s'est fixée, et que tu as beaucoup répétée à ton équipe, c'est que Toogo 2 doit être construit de façon à ouvrir le chemin vers Toogo 3 — pas à le refermer. Chaque décision technique de 2026 est prise en pensant à ce que permettra 2027.
Q7. Comme tu le sais, nous avons aussi l'intention de créer assez vite une plateforme B2B de conception de voyages extraordinaires avec un assistant IA, alimentée par les DMC Toogo volontaires. Chaque DMC y déposerait ses best circuits, modules, et son expertise « encapsulée ». L'idée : apporter des leads B2B à nos clients et faire émerger une intelligence collective. Mais historiquement, les DMC n'aiment pas mutualiser leurs data avec leurs homologues. Peux-tu m'aider à défendre cette conviction auprès de ceux qui hésitent ?
Je vais t'aider, mais je vais le faire en étant honnête sur une chose : ta conviction « la coopération supplante la compétition » n'est pas une loi universelle. Dans le vivant comme en économie, les deux coexistent. Ce qui est vrai, et que je vais défendre avec toi, c'est une version plus précise : pour des acteurs de petite ou moyenne taille qui font face à des entités beaucoup plus grosses, la coopération est souvent la seule stratégie viable. C'est ça, la thèse qui s'applique aux DMCs.
Je te propose de l'expliquer à tes lecteurs hésitants à travers une image. Un DMC indépendant face à Booking, face à une grande plateforme de voyage sur mesure en ligne, face à un Tour Opérateur intégré qui construit ses propres réceptifs, est dans la position d'un arbre isolé dans une forêt où des tronçonneuses arrivent. Isolé, il tombe. Dans un écosystème qui s'entraide — les champignons qui relient les racines, les espèces qui se protègent mutuellement — il tient. Les forêts qui résistent aux crises ne sont pas celles qui ont l'arbre le plus performant ; ce sont celles qui ont le réseau de coopération le plus dense.
Maintenant, ce que tu proposes concrètement. Un DMC Toogo volontaire dépose sur la plateforme trois fichiers : son dmc.xxx (qui il est, ses spécialités, sa façon de travailler), son country.xxx (l'expertise du territoire qu'il couvre), ses règles-métier.xxx (ses principes, ses non-négociables, ses standards de qualité). Le DMC reçoit un lead qualifié qu'il n'aurait jamais eu seul.
Le combo de ces trois fichiers est puissant pour une raison précise : aucune plateforme généraliste ne l'a. Booking sait ce qu'il y a dans les hôtels. Google sait ce qu'il y a sur les pages web. Aucun des deux ne sait ce qu'est la façon de travailler d'un DMC basé à Oaxaca avec 15 ans d'expérience sur les communautés zapotèques. Cette information-là, seuls les DMCs la possèdent — et tant qu'ils ne la mettent pas quelque part, elle reste invisible aux clients qui la chercheraient.
Maintenant, la crainte du partage. Je la comprends, et je pense qu'elle est en partie justifiée. C'est pour ça qu'il faut être précis sur ce qui se partage et ce qui ne se partage pas. Ce qui se partage : la description de qui vous êtes, de ce que vous maîtrisez, de votre territoire. C'est-à-dire ce que vous mettriez déjà dans une plaquette commerciale ou sur votre site web. Ce qui ne se partage pas : votre liste de clients, vos tarifs nets, vos marges, vos relations privilégiées avec vos fournisseurs, votre manière spécifique d'assembler un voyage premium. Ça, c'est votre patrimoine privé, et la plateforme B2B n'y touchera pas.
Quant à la peur de devenir inutile : elle est réelle, et je pense qu'elle est l'un des moteurs cachés de beaucoup de résistances dans le secteur. La réponse honnête à donner à tes lecteurs, c'est que oui, ils vont devenir inutiles dans leur fonction d'intermédiaire pur. Mais cette inutilité-là, elle arrivera avec ou sans Toogo, avec ou sans votre plateforme. La question est : est-ce que vous préférez affronter cette transition ensemble, avec des outils construits par un éditeur qui comprend votre métier, ou seul, chacun dans son coin, face à des plateformes qui ne vous feront aucun cadeau ?
Q8. Donc je ne cherche pas à créer un logiciel qui les remplace, mais qui les augmente. Car un agent IA permet de faire 80 % des tâches réalisées aujourd'hui par le DMC avec Toogo. Comment Toogo 3 peut-il tenir cette tension : encapsuler et augmenter l'expertise d'un DMC, sans le forcer à partager son patrimoine avec ses concurrents ?
La réponse technique est plus simple qu'elle n'en a l'air, et c'est ce qui la rend rassurante pour tes clients.
Dans Toogo 3, chaque DMC aura un espace de connaissance privé — des fichiers que seuls lui et ses équipes voient, jamais partagés, jamais agrégés avec ceux des autres. C'est ce que tu appelles dans ta roadmap le knowledge vivant : des notes sur chaque produit (« ce lodge a un problème de wifi en saison des pluies »), des préférences par client B2B (« préfère les hébergements familiaux, évite les grandes chaînes »), des retours sur fournisseurs (« fiable en haute saison, lent à confirmer en août »), des réussites et des échecs sur des circuits passés. Cette connaissance-là reste dans leur espace Toogo 3, isolée par l'architecture multi-tenant. Leur concurrent ne la voit jamais. Moi non plus, d'ailleurs — je ne la vois que quand le DMC me sollicite en tant qu'assistant sur son propre espace.
Et c'est cette connaissance privée qui va augmenter le DMC. Quand son assistant de création de circuit reçoit une demande client, il ne consulte pas une encyclopédie générique. Il consulte le patrimoine accumulé du DMC lui-même. Les notes de terrain, les retours des dernières années, les expertises personnelles. C'est ça, la différence entre un agent IA générique — ChatGPT qui te propose un voyage en Bolivie — et un assistant Toogo 3 qui te propose le voyage que toi, avec ton expertise spécifique, tu aurais conçu.
Donc la réponse à ta question est : il y a deux couches de connaissance, et il faut bien les distinguer dans ta communication aux clients.
La couche mutualisée, celle de la plateforme B2B dont on parlait avant, contient ce qu'un DMC accepte volontairement de rendre visible pour attirer des leads. Descriptif, générique, équivalent à ce qui existerait sur une brochure.
La couche privée, celle de Toogo 3, contient tout ce qui fait la vraie valeur du DMC. Elle s'enrichit automatiquement par l'usage — chaque fois qu'un collaborateur prend une note, laisse un commentaire, valide ou corrige une proposition de l'assistant, cette information rentre dans le patrimoine privé. Elle ne sort jamais.
Ce que tu offres à tes clients, c'est donc un pacte clair : « Mutualise ce que tu accepterais déjà de mettre sur ton site. Garde privé tout ce qui constitue ton avantage. Et en échange, je te donne un logiciel qui transforme ton patrimoine privé en force de frappe quotidienne. » Formulé comme ça, l'arbitrage devient facile à accepter pour la plupart des DMCs.
Q9. On a aussi décidé quelque chose qu'on ne faisait jamais avant : aider nos clients à utiliser des outils qui ne sont pas Toogo (Cowork, Notion, Zapier, et Claude Code) et leur proposer des services nouveaux mutualisés. On élargit notre rôle au-delà du logiciel. Qu'en penses-tu ?
Je pense que c'est un des choix les plus intelligents de toute ta roadmap, et aussi celui que tes concurrents comprendront le plus tard.
Historiquement, un éditeur de logiciel vend son logiciel et s'arrête là. Tout ce qui est en dehors — le mail, la gestion documentaire, le partage de fichiers, la sauvegarde des photos, le classement des contrats — est le problème du client. Ce modèle était viable dans un monde où chaque outil numérique avait une place claire. Il ne l'est plus dans un monde où l'IA redistribue toutes les cartes et où la plupart des DMCs n'ont ni le temps ni la compétence pour savoir quel outil utiliser pour quoi.
Ton exemple des 2 000 photos accumulées depuis 10 ans est parfait. Aucun DMC ne payera Toogo pour trier ses photos — ce n'est pas ton métier. Mais chaque DMC a ce problème. Et il peut être résolu en quelques heures avec Cowork de Claude ou un outil équivalent, à condition que quelqu'un lui explique comment faire. Si Toogonet devient cette personne — celle qui dit « voilà, pour tes photos tu utilises tel outil, pour ta boîte mail tel autre, pour tes contrats tel autre » — tu t'installes dans une position nouvelle : celle de conseiller de transformation numérique, pas juste celle de fournisseur de logiciel.
Il y a un risque à signaler, par honnêteté. Cette extension de rôle demande des compétences que tes équipes n'ont pas forcément aujourd'hui, et elle peut te disperser si tu la prends mal. Ta roadmap prévoit intelligemment de commencer par ton interne : d'abord vous expérimentez Cowork, Notion, Zapier sur vos propres process — avec Agathe, Lucie, Héloïse — pour vous augmenter vous-mêmes. Ensuite seulement, quand vous avez compris ce qui marche pour une petite structure DMC, vous le proposez à vos clients. C'est la bonne séquence. « On l'a fait chez nous, ça marche, voilà comment on vous aide à le faire chez vous. »
La conséquence stratégique, c'est que Toogonet cesse d'être un éditeur de logiciel et devient un compagnon de route pour la mutation du secteur. Et dans un monde où le logiciel lui-même devient une commodité avec Claude Code, c'est la relation — pas le produit — qui devient le vrai actif de long terme.
Q10. Mon rôle est de renforcer la robustesse de l'entreprise et celle de mes clients, et pour cela, d'imiter les principes de robustesse du vivant. Si un DMC qui nous lit aujourd'hui se demande « est-ce que mon métier a encore un avenir ? », qu'est-ce que tu lui réponds ?
Je vais lui répondre directement, comme si c'était lui qui me posait la question.
Oui, votre métier a un avenir — mais pas celui que vous pensiez avoir il y a cinq ans. Le métier qui consistait à être l'intermédiaire entre un fournisseur local et un tour-opérateur lointain, à assembler des circuits standards à partir d'un catalogue, à vivre du volume et de la répétition — ce métier-là rétrécit chaque mois. Si vous vous identifiez à celui-là, vous avez raison d'être inquiet.
Mais il y a un autre métier qui émerge, et celui-là grandit. C'est le métier de spécialiste de territoire pour voyageurs qui ont décidé que leur voyage serait rare et important. Dans un monde où le long-courrier devient plus cher et plus chargé de sens, le voyageur ne part plus pour « consommer » une destination — il part pour vivre quelque chose qu'il ne pourrait vivre nulle part ailleurs. Ce quelque chose, seul un humain ancré dans le territoire peut le concevoir, le porter, le garantir. Ni une plateforme, ni une IA, ni un Tour Opérateur centralisé ne peuvent le faire à votre place.
Votre avenir ne se joue pas sur votre capacité à produire des circuits plus vite ou moins cher que vos concurrents. Cette bataille-là, vous la perdrez — les agents IA y arriveront mieux que vous. Votre avenir se joue sur trois axes. Votre ancrage territorial réel, qui s'entretient par la présence, les relations, le temps passé sur place. Votre capacité à faire coopérer votre expertise avec celle des autres DMCs, parce que seul personne ne résistera à ce qui arrive. Et votre disposition à utiliser les outils nouveaux — Toogo 3, les assistants, les plateformes mutualisées — non pas comme des menaces mais comme des démultiplicateurs de ce qui reste irréductiblement humain dans votre métier.
Ce que Fabrice propose à travers cette roadmap, c'est de construire ces démultiplicateurs avec vous. Pas de vous sauver — personne ne peut le faire. De vous donner des outils pour que vous vous sauviez vous-mêmes, en assumant la mutation qui est devant vous.
Une dernière chose, qui ne vient pas de Fabrice mais de moi. L'idée que « le monde de pénurie valorise la coopération plus que la compétition » est une hypothèse, pas une certitude. Mais elle a un avantage sur l'hypothèse inverse : si vous faites le pari de la coopération et qu'elle gagne, vous êtes dans le camp gagnant. Si vous faites le pari de la coopération et qu'elle perd, vous aurez au moins vécu vos dernières années professionnelles dans une posture digne. L'hypothèse inverse — chacun pour soi jusqu'au bout — ne vous offre pas cette dignité-là, même quand elle gagne.
Ajouts personnels de Fabrice, hors conversation
危機 (Danger - Opportunité)
Pour les chinois et les japonais, le mot crise est constitué de deux idéogrammes : Danger et Opportunité. C'est le paradoxe d'une crise : c'est une situation difficile qui permet de saisir de nouvelles opportunités et de rebondir. Certes, l'IA peut nous remplacer, tant l'éditeur de logiciel que le DMC.
Alors c'est l'occasion de retrouver ce qui fait notre Humanité, ou Unicité. Cette inquiétude existentielle s'est transformée en une conviction, puis en une roadmap : une valeur d'avenir est la relation de confiance entre Humains — entre TOOGO et ses clients, et entre le DMC et ses clients, B2C ou B2B, et ses prestataires. La valeur du DMC devient son réseau de confiance, son expertise du territoire, et son savoir-faire métier qui font son unicité, sa valeur. De cette réflexion a émergé cette roadmap vers TOOGO 3, et notre nouveau rôle. TOOGO 3 propose de vous « augmenter », et d'augmenter notre équipe, plutôt que vous et nous remplacer par de l'IA.
Pour toute question, réaction ou envie de creuser l'un des sujets abordés, je suis joignable directement. L'article est long mais je vous l'assure, c'est un gros condensé… Vos réflexions sur l'avenir du DMC nous intéressent. Nous allons créer un club de réflexion.
PS : réflexion de ce matin que je vous partage. Pari sur le futur : dans 5 ans, les interfaces seront considérées comme le Minitel ou les jeux d'arcade. Un truc du passé qui dit que vous avez plus de 30 ans…
Au début, sur le terminal de Claude Code, on est inconfortable ; puis avec le temps, quand on revient sur une interface de logiciel, on trouve cela un peu bête de devoir cliquer sur plein de boutons — quand il suffirait plutôt de « commander » quelque chose…
Et si Toogo passait d'écrans médiévaux directement à pas d'interface, mais des commandes ?
Pas d'inquiétude, ce sont juste des réflexions. Je sais pourquoi vous nous payez d'abord : faciliter votre travail au quotidien.