Simon Hardy : du terrain à France By locals, un parcours fait de rencontres et de transmission
Fondateur de France By locals et utilisateur de TOOGO depuis 2017, Simon Hardy raconte un parcours construit au gré du terrain : la Bretagne, le Laos à moto, les châteaux de Gondar en Éthiopie, puis la Provence et la création de son agence.
Fondateur de France By locals, Simon Hardy a créé son DMC en 2015 et en a fêté les dix ans en 2025. Utilisateur de TOOGO depuis 2017, il fait partie de ces entrepreneurs du tourisme dont le parcours s'est construit moins selon un plan de carrière préétabli qu'au gré du terrain, des voyages, des rencontres et des personnes qui lui ont fait confiance.
En filigrane, son portrait dessine celui d'un entrepreneur qui s'est construit à travers le terrain, les rencontres et la coopération internationale. Sa vision du tourisme repose sur la durabilité, les relations humaines, la transmission et la connexion aux territoires. Son utilisation de TOOGO s'inscrit dans cette même logique : un outil au service d'un projet collectif, que l'on adapte aux réalités du terrain et qui prend encore davantage de valeur lorsqu'une communauté d'utilisateurs partage ses expériences et ses bonnes pratiques.

De la Bretagne au voyage : le terrain comme point de départ
Simon Hardy est originaire de Bretagne, à environ 25 kilomètres du Mont-Saint-Michel, « borderline », comme il le raconte lui-même, entre Normandie et Bretagne. Avant la Provence, où il vit depuis plus d'une dizaine d'années, son parcours est profondément ancré dans le Grand Ouest : Rennes, La Roche-sur-Yon, Tours.

Son intérêt pour le tourisme vient d'abord d'un rapport très fort à la nature. Il suit des études techniques en gestion et protection de l'environnement, puis une licence en valorisation écotouristique des patrimoines, une formation qui se créait à peine à l'époque.
L'écotourisme devient pour lui le point de rencontre entre trois choses qui l'animent déjà : être dehors et sur le terrain, préserver la nature, et voyager pour rencontrer les autres. Il le résume presque comme un triangle : d'un côté les balades, la pêche et le contact avec la nature ; de l'autre l'envie de préserver ces espaces ; et enfin le voyage et le contact humain. Au milieu de ce triangle : l'écotourisme.
Il poursuit dans cette voie avec un master en géographie sociale et un mémoire sur deux terrains où l'Homme et la Nature se rencontrent : à Luang Prabang au Laos et sur le parc de la Pendjari au Bénin.
Mais le goût du voyage vient aussi de beaucoup plus loin. Simon revient notamment sur ses parents. La famille n'est pas particulièrement matérialiste et, lorsqu'il y a un budget disponible, il est consacré aux vacances : avec son frère, il a ainsi la chance de parcourir la France plusieurs fois par an. Avec le recul, il comprend que cette enfance a probablement posé les premières pierres de ce qu'il fera plus tard : découvrir des territoires, sortir des itinéraires évidents et comprendre ce qui fait la singularité d'un endroit.
Le Laos : « Il m'a mis une moto entre les mains et je suis parti à l'aventure »
Le premier véritable basculement de sa vie professionnelle se produit au Laos. Simon a une vingtaine d'années lorsqu'il décroche un stage particulièrement difficile à obtenir. Jean-Yves, son futur maître de stage, le prépare pendant près de six mois.
Il m'avait briefé pendant six mois, il m'avait vraiment testé et poussé, il était dur à avoir ce stage-là.
Quelques jours avant Noël, autour du 23 décembre, le téléphone sonne enfin : le stage est confirmé. Mais cette exigence avait un objectif. Avant de l'envoyer sur le terrain, son maître de stage voulait être certain qu'il comprenne les populations avec lesquelles il allait travailler, les comportements à adopter, les do's and don'ts, les différences culturelles.
Une fois Simon arrivé au Laos, le rapport change complètement. Son maître de stage considère qu'il est prêt. Et il lui fait confiance.
Il m'a mis une moto entre les mains et je suis parti plein sud Laos le long de la chaîne Annamitique, sur la piste Hô Chi Minh.
Sa mission consiste notamment à repérer et construire un itinéraire de trekking destiné au marché japonais.

Simon part à l'Institut géographique de Vientiane récupérer de grandes cartes papier qu'il transporte dans son sac à dos — pas réellement de GPS à l'époque. Il se souvient encore de ces immenses rouleaux de cartes, presque comme une scène de bande dessinée.
Le début de la mousson rend le terrain encore plus particulier : il faut parfois se frayer un chemin dans la végétation. Et puis il découvre une réalité à laquelle il n'avait pas été préparé : les munitions non explosées encore présentes sur certaines zones après les conflits en Indochine. Avant de traverser certains secteurs, il faut parfois attendre l'intervention de démineurs.
Je ne savais pas que je m'engageais dans ce genre de stage.
Mais cette expérience change sa vie. Pas uniquement pour l'aventure : ce qui le marque profondément, c'est la confiance qu'un professionnel expérimenté a décidé de placer en lui. Son maître de stage lui laisse également une phrase qu'il conservera pendant près de dix ans :
Un jour, ce sera à toi de créer tes propres circuits, et tu sauras où est-ce qu'il faut les créer.
Simon a une vingtaine d'années. Il gardera cette idée en tête jusqu'au jour où il créera effectivement ses propres circuits en France.
La coopération internationale : préserver, développer, mettre en tourisme
Après cette expérience, Simon travaille plusieurs années dans la coopération internationale. Il intervient sur des projets très techniques mêlant préservation de l'environnement, patrimoine culturel et mise en tourisme des territoires. Et il pose une condition presque systématique : il faut qu'il y ait une dimension tourisme.
Je ne m'engageais pas dans ces projets tant qu'il n'y avait pas ça.
Il travaille notamment avec la Mission Val de Loire, qui accompagne le territoire inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO mais possède également une mission de coopération internationale. L'une des idées est alors de travailler « de fleuve à fleuve » : les connaissances acquises autour de la Loire peuvent être partagées avec d'autres territoires — le delta du Niger, le lac Tanganyika au Burundi ou encore le Mékong autour de Luang Prabang au Laos.
Au Laos, par exemple, Simon participe à la création d'itinéraires de trekking et d'écotourisme le long d'un affluent du Mékong. Le tourisme existe déjà, mais il est diffus, peu organisé, parfois assez brutal pour les milieux naturels. L'objectif est donc de mieux maîtriser les flux humains et leurs conséquences : fréquentation, pêche, pression sur les milieux, protection de la ripisylve — toute cette végétation située sur les berges et indispensable à l'équilibre des cours d'eau.
Simon travaille alors dans un écosystème institutionnel et scientifique très riche : IRD, CIRAD, institutions scientifiques, ambassades, alliances et collectivités. Il adore la dimension opérationnelle des sujets. Mais quelque chose lui manque.
C'était du terrain, mais on en parlait beaucoup sur le papier.
Les missions durent parfois une dizaine de jours : à peine le temps, selon lui, de comprendre le pays et son atmosphère. Il a le sentiment de « survoler ». Après avoir été « piqué par le voyage » en Asie du Sud-Est, il veut désormais vivre réellement sur place. Il démissionne de la Mission Val de Loire après quatre ans et devient volontaire de solidarité internationale.
L'Éthiopie et l'incroyable découverte des châteaux de Gondar
Simon attend près de dix mois avant qu'une mission lui soit proposée. Entre-temps, il part en Écosse pour remettre son anglais à niveau — tout en plaisantant sur le fait que les vieux pubs écossais ne constituent peut-être pas la méthode pédagogique la plus efficace. Puis un appel arrive : on lui propose de partir en Éthiopie travailler autour des châteaux de Gondar. Sa première réaction est presque l'incrédulité :
L'Éthiopie, OK. Mais des châteaux en Afrique, j'avais jamais entendu parler de ça.
Il prend l'avion et arrive à Gondar, dans le nord culturel de l'Éthiopie. Et là, énorme surprise.

Simon découvre l'ancienne capitale de l'Abyssinie et son ensemble royal monumental. Il raconte avec amusement l'histoire de ces souverains qui ne souhaitaient pas habiter dans le palais de leur prédécesseur : chacun construisait donc le sien à côté, si possible un peu plus haut, avec un donjon encore plus impressionnant. Au fil des générations, cela donne naissance à une véritable enceinte royale composée de palais et de bâtiments monumentaux : le Fasil Ghebbi de Gondar, aujourd'hui inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Simon arrive sans prétendre être spécialiste de cette période.
J'y arrivais évidemment pas avec un œil d'expert, parce que je ne connaissais rien du tout de cette période.
Son rôle est celui de coordinateur de coopération décentralisée, en lien notamment avec Vincennes et son expertise en matière de patrimoine historique. Sur place, il travaille avec le Centre français des études éthiopiennes, les Alliances françaises, l'Europe, le ministère des Affaires étrangères, des partenaires japonais et différents acteurs locaux et internationaux.
Mais l'objectif du projet va bien au-delà de la restauration de pierres anciennes. Il s'agit de réhabiliter le patrimoine pour en faire un levier de développement local et de réduction de la pauvreté grâce au tourisme. Et, surtout, il ne s'agit pas d'abord d'attirer les étrangers : la priorité est le tourisme national. Faire revenir les Éthiopiens sur le site.
Car ce patrimoine possède aussi une histoire douloureuse : pendant la période du Derg, certains lieux ont été associés à la détention et à la torture. Il existe donc un véritable enjeu de réappropriation des lieux.
Simon résume cette mission comme un mélange presque vertigineux de disciplines : entrepreneuriat, aide sociale, architecture, histoire, tourisme, gestion de projet…
C'était dément.
Et, surtout, cette fois, il vit sur place.
Le moment de créer quelque chose qui lui appartient
Après deux années en Éthiopie, son contrat se termine. Simon ressent alors que le moment est venu de rentrer en France. Et la phrase de Jean-Yves, son maître de stage au Laos, lui revient : ce fameux moment où il « saura ».
Il décide de poser ses bagages. Sa compagne de l'époque, qui a vécu avec lui en Éthiopie, reprend ses études ; leur parcours les conduit vers Aix-en-Provence et le Sud-Est. Simon reconnaît que, s'il avait uniquement choisi selon ses affinités personnelles, il serait peut-être parti dans le Sud-Ouest, notamment au Pays basque. Mais il s'installe finalement à Nyons, en Drôme provençale, et commence à créer ses premiers circuits.

En 2015, il crée son entreprise. Dix ans plus tard, en 2025, l'agence fête son dixième anniversaire.
Son père, le voyage et les premières valeurs de France By locals
Quelques années après la création de l'entreprise, le père de Simon décède. Avant sa disparition, Simon ressent le besoin de lui poser beaucoup de questions. Il revient avec lui sur les vacances de son enfance, mais avec son regard d'adulte et de professionnel du tourisme.
Quelle était sa conception du voyage ? Pourquoi choisissait-il telle destination plutôt qu'une autre ? Qu'avait-il voulu transmettre à ses enfants ? Quelles étaient ses limites, ses critères, ses envies ?
Avec le recul, Simon pense que ces conversations ont nourri les premiers discours, les premières valeurs et même certains slogans de ce qui deviendra So Provence, So Alps !, puis France By locals. La marque est créée en 2019 avec ses associés, dans la continuité d'Italy by Local.
Derrière le projet, on retrouve finalement beaucoup de ce qui traverse toute sa vie : les territoires, les habitants, le voyage, la transmission et l'idée de sortir d'une consommation touristique standardisée.
Grandir, oui. Mais « gentiment »
Simon crée son équipe progressivement. Il revendique une certaine prudence dans sa manière d'entreprendre.
Je suis assez sécure.
Il n'a jamais voulu se payer trop tôt ou se rémunérer au point de mettre en péril l'équilibre financier de l'entreprise. Il développe progressivement la production et les circuits en France. Mais sans logique de course.
J'ai jamais vraiment été dans le rush. J'ai pas l'esprit start-up.
Il reconnaît que cette façon de faire lui a peut-être fait manquer certaines opportunités. Mais elle lui a également permis de durer. Cette philosophie vient aussi de professionnels plus expérimentés qu'il a rencontrés et qui avaient traversé, en vingt ou vingt-cinq ans de tourisme, les attentats, les crises sanitaires, les bouleversements géopolitiques et économiques. Simon comprend alors quelque chose d'essentiel :
Nous, les artisans du voyage, on est des éponges à tout notre environnement.
Il y aura toujours des crises. L'enjeu est donc moins d'essayer de toutes les prévoir que de construire une entreprise suffisamment robuste pour les traverser. Grandir « gentiment », rester stable, conserver de bonnes relations entre associés et pouvoir prendre le temps de discuter avant de s'engager : tout cela fait partie de son modèle.
Les associés et les rencontres : « C'est pas dit que j'aurais tenu sans eux »
Simon insiste énormément sur un autre élément de son parcours : les personnes. Il a le sentiment d'avoir toujours rencontré, au bon moment, des personnes possédant dix ou vingt années d'expérience supplémentaires et capables de lui transmettre quelque chose. Son maître de stage au Laos en est le premier exemple. D'autres suivront.
Vers 2018, il rencontre notamment Gabriele, qui cherche un partenaire en France. Au départ, Simon hésite : son entreprise est son « bébé »… Jusqu'où souhaite-t-il ouvrir ce qu'il vient de construire ? La rencontre avec Gabriele et Mandala Organic Tours va pourtant devenir extrêmement importante.
Ça m'a permis de mettre un coup de pied au business dans le bon sens.
Et il ajoute quelque chose de particulièrement fort :
C'est pas dit que j'aurais tenu sans eux finalement aussi longtemps que ça.
Il raconte aussi avec beaucoup d'humour leur première rencontre. Ils avaient jusque-là échangé par e-mail : Simon était persuadé que Gabriele était une femme ; Gabriele, de son côté, cherchait un homme plus âgé et plus expérimenté. Ils se retrouvent sur le Cours Julien à Marseille : l'un cherche une femme, l'autre « un vieux ». Ils finissent pourtant par se trouver.
